L’endométriose, le lien hormones, inflammation et histamine

9 Mar 2025

Et si l’histamine, cette mystérieuse, mettait aussi son grain de sable dans l’endométriose ?

Non, me direz-vous …

Et bien, regardons çà de plus près, c’est parti …

L’endométriose est une maladie gynécologique pouvant toucher les femmes de la ménarche à la ménopause.

Une femme sur dix serait concernée avec un délai de diagnostic de sept ans en moyenne.

Maladie chronique, invalidante, immuno-inflammatoire, sous influence hormonale.

Les douleurs sont cycliques et reviennent avec les règles.

Elle correspond au développement de cellules dites endométriosiques en dehors de l’endomètre et peuvent se retrouver sur les ovaires, les trompes de Fallope, les ligaments soutenant l’utérus, la surface externe de l’utérus, mais aussi sur les intestins, la vessie, les reins.

Ces cellules peuvent migrer sur des sites éloignés, comme les poumons, le cerveau, les yeux…

Des douleurs intenses et récidivantes au moment des règles, lors de rapports sexuels, des douleurs en lien avec la défécation ou pouvant faire penser à une infection urinaire sont des alertes à ne pas négliger.

Ces douleurs peuvent entraîner une incapacité à travailler et à mener une vie sociale et familiale.

C’est une clinique évocatrice nécessitant un examen gynécologique et des investigations médicales ( échographie, IRM, coelioscopie ).

La prise en charge est médicale mais, elle peine pour l’instant à rechercher les causes fonctionnelles.

C’est là que le travail en amont sur la physiopathologie de la maladie, en Santé Fonctionnelle, à sa place.

L’étiologie est peu connue.

Trois grandes théories existent :

  • la théorie de l’implantation ( flux rétrograde )
  • La théorie métaplasique ( transformation de l’épithélium coelomique en tissu endométrial )
  • La théorie de l’induction ( cellules péritonéales indifférenciées se transformant en tissu endométrial )

Parallèlement à ces théories, il est à considérer que plusieurs facteurs peuvent intervenir.

Nous pouvons agir sur certains d’entre eux.

Peuvent impacter : 

L’histoire familiale, les traumas non résolus ( Early Life Stress, abus sexuels …), les polymorphismes génétiques, une exposition aux toxines, tels que les perturbateurs endocriniens oestrogéno-mimétiques ( phtalates, dioxines, bisphénols, additifs alimentaires, médicamenteux ou même dans certains compléments, PCB, pesticides, carraghénanes, produits ultra-transformés ..), une angiogénèse accrue ( néo-vaisseaux sanguins nourriciers de la lésion endométriosique , VGEF ), des molécules d’adhésion cellulaire…

En fonctionnel, nous pouvons agir sur deux grandes dysfonctions, le déséquilibre oestro-progestéronique et les dysfonctions immuno-inflammatoires.

Quel rôle peut alors jouer l’histamine ou plutôt l’excès d’histamine ?

Les oestrogènes favorisent la multiplication des cellules hormono-dépendantes.

La progestérone, à l’inverse, freine cette multiplication.

L’hyperoestrogénie est présente chez la majorité des femmes souffrant d’endométriose.

Les symptômes en lien avec l’histamine ( si vous me suivez, vous les connaissez et sinon vous pouvez les retrouver dans mes différents posts ) sont aggravés en période péri-ovulatoire, ovulatoire et en fin de phase lutéale, donc juste avant et pendant les règles.

Fatigue accrue, irritabilité, troubles du transit ( aussi bien constipation que diarrhée ), sommeil perturbé, état de déprime voire de dépression, immunité perturbée …sont ainsi directement en lien avec le déséquilibre oestro-progestéronique.

Les oestrogènes stimulent les mastocytes qui vont libérer des médiateurs de l’inflammation et particulièrement, l’histamine et donc être pro-inflammatoires.

Une suractivation mastocytaire dans le cadre d’un terrain de Sama ou d’un excès d’histamine ou une difficulté à détoxifier l’histamine et les amines biogènes, va stimuler les ovaires à produire plus d’oestrogènes, c’est un cercle vicieux.

Les oestrogènes inhibent, de surcroit, l’activité de la DAO ( Diamine Oxydase ).

Une hyperoestrogénie affecte négativement l’activité de la thyroïde qui peut devenir hypofonctionnelle. 

Des études récentes ont montré que les effets de la T3L et de la T4L peuvent être modulés par les mastocytes et que les mastocytes modulent la fonction thyroïdienne.

Les mastocytes seraient aussi capables de « séquestrer »  de part leur capacité macrophagique, de la T4L et de la T3L, d’où certaines augmentations transitoires des taux d’hormones thyroïdiennes ( sans que cela ne soit une hyperthyroïdie vraie ) lors de stress chronique ou prolongé, d’affections virales, bactériennes ou lorsque une activation mastocytaire se produit.

La progestérone quand à elle, calme les mastocytes, active la DAO, stimule l’activité de 

la thyroïde et diminue l’inflammation.

Le terrain est alors inflammatoire si l’hyperoestrogénie réelle ou relative est avérée et n’est pas prise en charge.

Une alimentation pro-inflammatoire, la présence de perturbateurs endocriniens, le défaut de modulation des récepteurs oestrogéniques, la stimulation des cellules endométriosiques sous l’effet des oestrogènes et d’un défaut de modulation hormonale ( stimulation de l’aromatase ), le défaut de détoxication des oestrogènes, le défaut de synthèse de la progestérone, la résistance à la progestérone …tout ceci fait le lien avec les phénomènes immuno-inflammatoires.

L’inflammation de bas grade, le stress oxydatif, un microbiote dysbiotique, une paroi intestinale poreuse, un déséquilibre immunitaire ou l’apparition d’un terrain auto-immun peuvent participer à la genèse et à l’installation de l’endométriose.

Une consommation d’aliments riches en histamine ou histamino-libérateurs ou tout simplement le cumul sur une journée, voire plus,  un polymorphisme génétique sur la DAO, la HNMT, la MTHFR, une DAO insuffisante ou non fonctionnelle, une carence micronutritionnelle, une thyroïde hypofonctionnelle, des surrénales fatiguées, une digestion non optimisée, un microbiote non eubiotioque et une paroi intestinale poreuse, un système immunitaire suractivé ( activation mastocytaire ) ou affaibli, un trauma, un Early Life Stress ( stress apparu tôt dans l’enfance ou la vie foetale )..

Tout ceci fait le lit de l’inflammation et du stress oxydatif, des déséquilibres hormonaux …et donc possiblement de l’endométriose.

Des études récentes ont montré le rôle de l’histamine dans la pathogénèse de la douleur pelvienne chronique (  chez les patientes atteintes d’endométriose génitale externe ).

Que faire ? 

Diminuer l’inflammation !

– Diminuer l’exposition aux perturbateurs endocriniens 

– Adopter une alimentation anti-inflammatoire ( alimentation vraie, non transformée, bio , légumes et fruits en quantité suffisante, de bons acides gras …)

  • Combler les carences micronutritionnelles ( Mg, Zinc, VitD, VitA, Fer, Iode, B9, B12, Mo, W3,6,9 équilibrés …)
  • Optimiser les surrénales ( carence ou excès de cortisol )
  • Optimiser la thyroïde ( co-facteurs indispensables Mg, Zinc, Vit D, Vit A, Fer, Iode, Se …)

– Résistance à l’insuline ?

– Lutter contre le stress oxydatif en gérant les capacités anti-oxydantes du corps face à l’excès de radicaux libres ( Glutathion, NAC, A alpha lipoique, Polyphénols, PQQ, resvératrol ..)

– Gérer l’excès de H202 généré par le métabolisme impliquant l’histamine ( Catalase ..)

– Prendre en charge le déséquilibre oestro-progestéronique ( apigénine inhibant l’activité de l’aromatase, graines de lin broyées ..)

– Moduler les hormones en améliorant la détoxication hépatique et en particulier celle des oestrogènes ( Crucifères, Sulforaphane, DIM, Ca-D-Glucarate ..)

Optimiser la digestion ( mastication, Bétaine HCl, Enzymes digestives ..)

Optimiser le microbiote et la paroi intestinale 

Améliorer la détoxication de l’organisme en travaillant sur tous ses émonctoires ( Bains aux Sels d’Epsom, sauna, patchs huile de Ricin, techniques de respiration ..)

– Gérer au mieux le stress, s’occuper des traumas ( sophrologie, EMDR, méditation, hypnose ..)

Optimiser son sommeil ( chrono-nutrition et rythme circadien, passiflore, mélatonine, GABA, L-Théanine ..)

Calmer les mastocytes et donc la libération de médiateurs inflammatoires ( PEA, OEA, Quercétine, lutéoline, exercices de gestion du stress ..)

Ceci ne sont bien sûr que des idées de propositions.

Elles doivent être individualisées et revues en fonction des réponses de votre corps,

Non, l’endométriose n’est pas une fatalité.

Améliorer le terrain, c’est être à l’écoute de son corps et l’aider à aller mieux.

Je suis là pour vous accompagner,

Martine Hoarau, Naturopathe, Praticien en Micronutrition et Santé Fonctionnelle, Dr en Pharmacie.

 Sources :

– Hormone thyroïdienne, l’hormone thyroïdienne métabolites, et mastocytes : Une moins question explorée

Elisa Landucci , Annunziatina, Laurino, Lorenzo Cinci, Manuela Gencarelli, et Laura Raimondi / Frontier in Cellular Neurosciences.

– Le rôle des mastocytes dans le développement et l’avancement de l’endométriose

Masoud Hassanzadeh Makoui 1,Shiva Fekri 2 ,Reza Hassanzadeh Makoui 3, Negar Ansari 4, Abdolreza Esmaeilzadeh 1

PMID : 40028674

  • Trouble du métabolisme de l’histamine dans la pathogenèse de la douleur pelvienne chronique chez les patients atteints d’endométriose génitale externeJ

M. Orazov, V Y Radzinskiy,M

PMID : 29215841

– La loratadine, un médicament antihistaminique, supprime la prolifération des cellules stromales de l’endomètre par inhibition du TRPV2

Charlotte Van den Eynde 1, Katharina Held 1, Martina Ciprietti 1, Katrien De Clerca ‘ , Sara Kersaers 2, Arnaud Marchand 3, Patrick Chaltin 4, Thomas Voets 2, Joris Vriens 5

PMID : 35714693

  • Endométriose, approche naturelle, Fabien Pasco, Ed Medicatrix
  • Troubles hormonaux, reprenez le pouvoir !, Guenaelle Abéguilé, Ed Résurgence
  • L’histamine, l’incontournable en prévention et en thérapie, Dr Lucie Wetchoko.